L'HISTOIRE DU DIAMANT
III. Le nouveau monde du diamant
1. Découverte de la synthèse du diamant
a) Les usages industriels du diamant
On trouve dans les mines, mêlés aux beaux diamants promis à la joaillerie, des cristaux de diamants beaucoup trop petits pour être transformés en bijoux, mais tout aussi durs, que l’on nomme « bort ». On l’utilise pour fabriquer des outils diamantés pour les forages pétroliers, et de plus en plus pour le façonnage des pièces en métal (aciers et nouveaux alliages). Mais le bort extrait ne suffisant pas, on s’est tourné vers la fabrication de diamants artificiels. Il fallait donc transformer le graphite en diamant, c’est-à-dire en diamant de synthèse. Les diamants proviennent du graphite, soumis, dans le magma terrestre à des conditions de température et de pression considérables. Les Suédois ont réussi à reproduire cet environnement extrême en 1953 : la découverte revient à l’équipe de Balthazar von Platten, au sein de la firme électrique Asea. Le procédé fut industrialisé par la General Electric dans une usine de Detroit, aux États-Unis, à partir de 1958. Puis De Beers a suivi, puis les Russes, dès 1959, et aujourd’hui les Chinois.
b) De Beers menacé ?
Les micro-diamants ainsi produits, incomparables pour abraser, percer, protéger et même pour isoler, sont devenus irremplaçables dans les forages pétroliers, la micro-chirurgie, et bien d’autres applications encore pour l’industrie et l’armée. Très vite la part de la production diamantaire dévolue à l’industrie a dépassé les usages de la joaillerie. Aujourd’hui la part de l’industrie (en quantité) représente plus de vingt fois celle de la bijouterie. La synthèse, en lançant sur le marché des diamants de joaillerie de plus en plus gros, difficiles à distinguer des diamants naturels, allait-elle porter un sérieux coup au monopole construit par la firme De Beers, et en particulier allait-elle faire chuter les prix des diamants ordinaires ?
c) Quelques chiffres
Le diamant reste la gemme la plus chère au monde, qui vaut plus de mille fois l’or, sans parler des prix astrononomiques atteints par les bijoux d’exception... Son poids s’exprime en carat (qui représente 0,2 gr) et sa valeur est donnée traditionnellement en dollars. Quand l’industrie utilise de nos jours environ 600 millions de carats par an (dont 100 proviennent des mines et 500 de la production de diamant de synthèse), la joaillerie se contente de 20 millions de carats, mais le carat de bijouterie vaut 900 fois le carat de diamant industriel. Sans oublier que les bijoux sont « éternels », que leur stock augmente chaque année, alors que les diamants industriels s’usent et demandent à être renouveler constamment.
2. Redistribution des cartes du commerce et de la taille
a) New-York
Les diamantaires d’Anvers ont souffert de l’occupation nazie en 1940. Certains ont pu fuir aux États-Unis, où résident plus de la moitié de leurs clients. Ils resteront après la guerre à New-York où leur commerce prospère.
b) Tel-Aviv
D’autres ont rejoint la Palestine, alors sous mandat britannique. C’est ainsi que Tel-Aviv est aujourd’hui le deuxième centre mondial du diamant. Pour échapper au monopole de la Diamond Trading Company (la DTC, liée à la firme De Beers) certains ont cherché d’autres sources où s’approvisionner, surtout en Afrique.
c) La Namibie
C’est l’origine de l’immense fortune d’un jeune tailleur de diamants, émigré d’Ouzbekistan en Israël à l’âge de quinze ans, Lev Levaïev. Il a d’abord appris les onze étapes de la taille du diamant avant de monter sa propre usine de polissage. Soutenu par les loubavitchs qui profitent de ses activités philanthropiques, il voit s’ouvrir à lui, après la chute de l’URSS, le grand marché de l’Europe de l’Est où il fait rapidement fortune (il est le 210e « homme le plus riche du monde », et a ouvert en Namibie la plus grande taillerie de gemmes d’Afrique.
d) L’Inde à nouveau
Après Tel-Aviv le commerce du diamant refleurit dans l’Inde indépendante où les Britanniques l’avaient interdit. Ce sont les jaïns du Gujarat qui occupent ce créneau. Peu à peu Bombay s’impose comme nouveau centre de taille et de commercialisation. Il est vrai que la main-d’œuvre (qui comprend même des mineurs) n’y est pas chère. L’Inde taille aujourd’hui plus de la moitié des diamants du monde et peut diversifier ses achats de brut.
e) Le Moyen-Orient, la Chine
Aujourd’hui Dubaï au Moyen-Orient et Shangaï en Chine produisent à leur tour des diamants, sonnant le glas du monopole des centres anciens.
3. Nouveaux centres d’extraction
a) De Beers doit partager
Les succès de ces centres sont essentiellement dus à la possibilité, nouvelle, de ne plus s’approvisionner chez De Beers. Cette compagnie avait pu maîtriser les premières découvertes de gisements en Afrique. En Russie, Staline qui veut des diamants, tant pour l’armée que pour les forages pétroliers, a impulsé la recherche de gisements, découverts en Iakoutie (république de Sakha) en 1955. La grande société diamantaire Alrossa, qui fournit presque toute la production de brut, a négocié un accord avec la firme De Beers. En Australie, le très important gisement d’Argyle découvert en 1979 et exploité à partir de 1983, occupe un moment la toute première place et échappe rapidement à De Beers, fournissant directement Bombay. Puis les Canadiens découvrent des kimberlites dans le Grand Nord. Refusant de passer par De Beers, ils confient leur polissage à des minorités indiennes locales comme avaient fait les Australiens avec les Aborigènes, ce qui est nouveau et conforme aux idées de l’époque. Déjà la société australienne Rio Tinto pèse deux fois plus que la De Beers, et la canadienne BHP, trois fois plus.
b) L’Afrique du Sud instable
Dans son fief d’origine, profondément transformé depuis 1974 par la présidence de Mandela, la De Beers n’est plus aussi puissante. Même si elle ne s’était pas trop compromise avec l’apartheid, elle y subit la concurrence voulue par une nouvelle loi minière. Ses gisements commençant à s’épuiser, elle prospecte au Botswana voisin qui assure vite l’essentiel de sa production. De Beers est toujours premier producteur mondial. La grande instabilité politique de l’Afrique, ses guerres civiles surtout, autorisent la contrebande de diamants et l’exploitation informelle de gisements. Trafic de diamants, trafic d’armes marchent de pair en Afrique de l’Ouest et même en Centrafrique. Anvers achète sans examen ce que lui proposent mercenaires et aventuriers. Plusieurs réseaux se disputent ce marché juteux. On trouve les Russes et les Israëliens en Angola puis en Namibie et au Congo, des Sud-Africains au Sierra Leone, tandis que les États-Unis soutiennent les manœuvres du puissant patron de la firme new-yorkaise Lazare Kaplan.
c) Des diamants « politiquement corrects »
Jouant de la méfiance qu’inspire l’origine des diamants africains, les autres producteurs d’Australie, de Russie et du Canada vantent les vertus morales de leurs brillants. De nouvelles appellations apparaissent : « Polar Bear » ou « Toundra » et se vendent plus chers non parce qu’ils sont plus beaux mais parce qu’ils ne sont pas suspects d’avoir coûté une seule goutte de sang ! En Afrique du Sud, place doit aussi être faite au développement d’entreprises autochtones, c’est ce que l’on appelle le black empowerment, dont les champions se nomment Macdonald Teemane, Tokyo Sexwale, Tiego Moseneke, Cyril Ramaphosa. Des compagnies diamantaires sud-africaines émergent, le groupe Masingita, Alexkor, et la loi minière de 2002 stipule que « les diamantaires du pays doivent façonner en priorité les diamants du pays, et que toute société minière doit faire place aux entreprises autochtones, jusqu’à ce que celles-ci deviennent majoritaires ». La contrainte est lourde pour la firme De Beers....
4. Fin du monopole
a) Concurrrence et contrefaçon
Pendant ce temps, on ose « traiter » les diamants naturels, changer leur couleur, effacer leurs défauts. On parle alors de diamants « enhanced », améliorés. On sait même faire des diamants



















